La Soutte, source de l’Ehn

Je vous parle d’un temps où les forêts étaient peuplées par nos ancêtres… Description d’un lieu de famille.

A la croisée des chemins

A la croisée des chemins

L’Ehn

“Une petite rivière du Bas-Rhin, naît, sous le nom d’Ehn, dans la forêt au sud-ouest d’Obernai, se dirige de l’ouest à l’est, arrose le Klingenthal, Obernai, Niedernai

Source : L’Alsace ancienne et moderne, ou dictionnaire géographique, historique et statistique du Haut et du Bas-Rhin, page 83, Jacques BAQUOL, Strasbourg, chez l’auteur, rue du Jeu-des-Enfants, 51, 1849.
Google Maps, La Soutte en vue aérienne

La Soutte, source de l’Ehn en vue aérienne (Google Maps).

“L’Ehn prend sa source dans un vallon au soleil levant, à l’est du col du Rothlach, au nord-ouest de la tête du Neuntelstein au revers et à proximité du chemin des bornes. Les sources dite de la Soutte (longitude : 7° 19′ 45 Est, latitude : 48° 25′ 49 Nord), autrefois des prés de la Soutte, indiquent simplement un ancien abri pastoral du XIXe siècle quand les hauteurs étaient encore des chaumes. Le lieu-dit est à 927 mètres d’altitude, sur le territoire de la commune d’Ottrott, commune qui abrite la célèbre abbaye de Hohenbourg (communément connue sous le nom d’abbaye du mont Sainte-Odile) sur le Hohenburg, inscrite dans l’ancien oppidum dit du Mur païen, ainsi que ses vastes forêts.

D’Obernai à la Soutte en remontant l’Ehn

“Obernai, Ottrott
Les piétons prendront de préférence le chemin suivant, appelé sentier de l’Ehn, 1 bonne h. — Rect. rouge, barré de blanc.
A Obernai, sur la place du Marché, on prend à dr. par la rue du Chanoine Gyss, et l’on passe devant les promenades de la ville sur la route de Boersch ; après 10 min., et devant le premier moulin, on franchit à g. l’Ehn et le canal de l’Ehn en appuyant à dr. ; imédiatement après on prend à dr. le large chemin de piètons qui monte le long de l’Ehn, à l’ombre des aulnes ; après 13 min. on passe sur la rive g., après 9 min. on repasse sur la rive dr. ; quelques pas plus loin se trouve une fontaine sur le chemin. En quittant les aulnes, vue magnifique sur les montagnes, à dr. St-Léonard. Après 15 min. (la grande propriété à dr. s’appelle El Biar ; jusqu’en 1865 s’élevait près de là l’Aumühle) le sentier se transforme en chemin rural, qui mène, sur la rive g. en franchissant la voie ferrée, jusque sur la route de Boersch à Ottrott. On suit celle-ci à g., on traverse un pont, puis on gagne Ottrott près de l’Hôtel Blanck, à l’Arbre vert. — On parvient aussi sur le sentier le long de l’Ehn, en prenant hors ville, sur la route d’Ottrott, tout de suite derrière la villa Montbrison (château d’Oberkirch), le chemin large à dr.

Ottrott, Klingenthal, 25 min.
… On traverse par la route à dr. la jolie vallée de l’Ehn, on passe devant les anciennes fabriques et des villas ; en 25 min. à Klingenthal (Cygne ; Montagne verte), autrefois manufacture célèbre d’armes blanches, fondée par Jean-Henri d’Anthès en vertu de lettres patentes royales en 1730. Les premiers ouvriers vinrent de Solingen. Le nom de Klingenthal provient de Klinge (= lame) qui veut aussi dire vallée étroite, gorge. Aujourd’hui encore la fabrique d’outils de la Maison Coulaux & Cie est considérable ; on y produit des faux, des faucilles et des lames de scies. Dans le bâtiment de la fabrique, belle salle ornée d’armes.

Klingenthal, Heidenkopf (Tête des Païens) c) Klingenthal, Vallée de l’Ehn, Col, Tête des Païens, 1h.1/2 à 2 h.
Près de la bifurcation de la route à Klingenthal on monte à g. la route (route de Ste-Odile) dans la vallée de l’Ehn ; après 30 min., près d’une scierie devant la maison forestière Vorbruck, on passe le ruisseau et l’on continue à g., bientôt (3 min.) on monte à dr. le chemin de piétons, large et commode qui rejoint, après 1/2 h. le chemin décrit plus haut sous b). A partir d’ici, encore 15 min. jusqu’au Col au pied de la Tête des Païens et en 35 min. sur le sommet (v. plus bas).
b) … Après la jonction avec le chemin montant, décrit plus bas (v. c), on monte de nouveau et avant le tournant à g. du chemin de piétons, on prend à dr. le sentier battu qui mène directement sur le Col au pied de la Tête des Païens, 15 min. Entre les deux routes forestières on monte par un large chemin de piétons en lacets au sommet de la Tête des Païens (35 min.).

Tête des Païens, Rothlach, coul. jaune, 2 h. 1/4
Du sommet on se dirige par un chemin de piétons, large et commode, vers le SW et l’on descend en 20 min. sur le col, où débouchent les deux sentiers réunis décrits sous b) et c).
Du Col de la Tête des Païens, tout droit vers le SW, on gagne par la route forestière en 5 min. la maison forestière Ochsenlaeger ; ici on continue tout droit dans la direction du SW par la large route forestière, dans une belle forêt. A dr. on est dominé par le rocher porphyrique Steinhubel (890 m, vue masquée par les arbres) ; le chemin atteint une jeune plantation. Vue sur Ste-Odile. Après 1 h. 1/4 sur le Dielenplatz (839 m), qui ferme la vallée de l’Ehn. Au milieu de la clairière s’élève un sapin imposant appelé Judentanne. Bifurcation du chemin : à g., on va sur le pré où se trouvait la maison forestière Sutt, maintenant démolie

Source : Les Vosges et l’Alsace, pages 458 et 453 à 455, guide du touriste édité sous le patronage du Club Vosgien, 1ère partie, librairie Istra, Strasbourg, 1922
La Soutte en 1989

La Soutte en 1989

 

L’Ehn prend donc sa source dans les prés de la Soutte, Raymond Roth le mentionne :

“Aussi, soucieux de ne point trop fouler le terrain de l’historien, pour remonter aux origines des bourgades de Niedernai, d’Obernai et de Klingenthal me suis-je engagé sur un sentier inhabituel, mystérieux et méconnu, mais révélateur de la fonction essentielle que joue l’Ehn dans la vie qui palpite entre Niedernai et sa source, encore appelée Soutte, près de l’auberge de la Rothlach.

L’onde déchainée passe ensuite sous une autre piste forestière. De temps en temps un ronflement de moteur trahit la proche présence de la route. Puis le ruisseau est aspiré par l’immense perchis de hêtres où se remisent les cerfs, est éclipsé une dernière fois par un chemin et réapparaît, 150 mètres plus haut, insignifiant, sans identité précise, sous forme de source dans la tourbière de la Soutte”.

Source : Les sentiers sauvages du Mont Sainte-Odile, pages 31 et 61, Editions Karl Schillinger, 1986

Trois métairies ou censes

“Quant à la forêt d’Hohenburgweiler, elle comprenait la métairie dite Willerhof, située sur l’emplacement qu’avait jadis occupé le hameau de Hohenburgwiller. Cette métairie ou cense, comme aussi les deux autres censes dites Katzmatt et Küssbrünnelsutt, situées dans d’autres parties des forêts de la ville (d’Obernai), étaient baillées par celle-ci à des particuliers.

Source : Histoire de la ville d’Obernai I-II, tome second, page 304, Abbé J. GYSS, Laffitte reprints, 1978, réimpression de l’édition de Strasbourg, 1866).
Les censes de la Catzmatte, de la Soutt et du Villerhöff

Les censes de la Catzmatte, de la Soutt et du Villerhöff. Carte de Cassini, feuille de Colmar n° 163, date 1740. IGN Remonter le temps.

“La première carte au monde qui couvre à moyenne échelle la totalité d’un grand pays est celle dite de CASSINI, réalisée tout au long du XVIIIe siècle à 1/86400. L’Alsace est couverte par les feuilles n° 161 à 165, les parties les plus occidentales débordant légèrement sur les feuilles 141 à 145, tandis que le coin de Lauterbourg fait partie de la demi-feuille n° 173. Tous les relevés étaient achevés en 1760 (de 1758 à 1760, sauf Strasbourg 1770)

Source : Encyclopédie de l’Alsace, volume 4, page 2395, Editions Publitotal Strasbourg, 1983
Pictogramme représentant une ferme ou métairie sur la carte de Cassini.

Pictogramme d’une ferme ou d’une métairie sur la carte de Cassini

Tenir une cense

Tenir…

“Halter, (Als.-et-Lorraine), dérivé du verbe halten, tenir, a pu désigner celui qui tient, administre un domaine.

Source : Dictionnaire étymologique des noms de famille, Marie-Thérèse MORLET, Perrin, 1991

…une cense

“Cens (Zins) : redevance en nature ou en argent payée par un tenancier à son seigneur.

Source : L’Alsace, une Histoire, page 213, Bernard Vogler (Sous la direction de), Georges Bischoff, François Petry, François Igersheim, Charles Zumsteeg, Editions Oberlin, 1993

“Censitaire (ici ou là vassal, terme abusif), mot profondément significatif : celui qui, chaque année, à date fixe, paie au seigneur le cens dit recognitif, par lequel il reconnaît donc tenir sa terre de lui. Beaucoup de ces cens, de création fort ancienne, ne représentent plus que quelques sous, mais n’ont rien perdu de leur signification (le sou de Charlemagne était d’or, celui de Louis XIV de bronze) ; certains pourtant avaient astucieusement été déterminés en nature — souvent en avoine –, habile ou involontaire indexation sur le coût de la vie ; d’autres s’agrémentaient de « surcens », sortes de centimes additionnels. Souvent léger tout de même, le cens payé n’acquittait pas vraiment le paysan. A chaque changement de seigneur — ou tous les trente ans –, il devait en principe (il feignait parfois d’oublier) « avouer » et « dénombrer » (à ses frais) ce qu’il tenait de lui. Petites choses, mais signes tangibles de sujétion, qui frappaient aussi lorsque le fils du tenancier succédait au père (seul droit de succession connu avant de tardives initiatives louis-quatorzièmes).

Source : La vie quotidienne des paysans français au XVIIe siècle, page 43, Pierre Goubert, Hachette, 1991

Définition du nom de lieu

Dans les registres paroissiaux et d’état civil, le nom de lieu outre La Soutte est différemment indiqué. On relève souvent suivi de « en forêt d’Obernai » : Soutt, Sutte, Suth ou Küssbrünnelsutt…

in Sylvâ Suth

Küssbrünnelsutt est formé de Küss – brünnel et de Sutt :
– der Kuß / Küsse (allemand) est le baiser ;
– Brünnelîn, Brünnel (moyen-haut-allemand), brinnele (alsacien) sont des formes diminutives de Brunnen (allemand), Brunne ou Burne (alsacien) la fontaine, le puits. Brünnel est donc une petite fontaine.
– die Sute, sutte (moyen-haut-allemand) est die Lache, die Pfütze (allemand) signifiant tous deux la flaque, la mare, le bourbier.

Source : Alsacien : Dialectionnaire (alsacien, français et allemand), Claude GUIZARD, Jean SPETH, Editions du Rhin, 1991 ; Moyen-haut-allemand : Mittelhochdeutches Handwörterbuch, Mathias LEXER, S. Hirtzel Verlag, Stuttgart, 1974, Reprografischer Nachdruck der Ausgabe Leipzig, 1876 ; Allemand : Grand dictionnaire Français-Allemand / Allemand-Français, Pierre GRAPPIN, Larousse, 1989

En Alsace, « les lieux-dits parlant des sources, fontaines, rus, ruisseaux, noues, fosses et fossés, gués, îlots, mares et bourbiers sont innombrables : Woog, Sod, Ursprung, Burn, Fliess, Wappach, Dietpach, Lache, Pfütz, Pfuhl, Suhl, Schlatt, ou Schlett, Werd, Beschlossen Matt ».

Source : Encyclopédie de l’Alsace, volume 8, page 4754, Editions Publitotal Strasbourg, 1943

Il est plaisant de penser que la Küssbrünnelsutt désignait l’endroit marécageux d’une petite source où les amoureux se donnaient rendez-vous.

Les habitants des censes de la Katzmatt et de la Sutt

“Près de la source de la grande Magel se dresse une ancienne maison forestière de Strasbourg, la Rotlach (*) où passe une vieille route romaine, mentionnée dès 1393, reliant les sommets avec la vallée de la Bruche par le Steintal. La Katzmatt, aujourd’hui reboisée, portait jusque vers 1870 une maison forestière d’Obernai dont les habitants allaient à l’église à Grendelbruch où leurs noms figurent dans les registres paroissiaux. Au XVIIIe siècle, y vivaient les familles Fiack, Spengler, Halter et Lustenberger ; en 1830, Joseph Stocky dont le fils est mort comme général français peu après la Grande Guerre. A la Sutt, sur la route de la Rotlach à Sainte-Odile, se dressait jusqu’en 1787 une maison forestière appartenant à Obernai et qui ne fut pas reconstruite après un incendie. Au XVIIIe siècle, elle était habitée par une famille Halter ; en 1824, le garde s’appelait François-Joseph Biery ; plus tard les forestiers se considérèrent comme paroissiens du Hohwald (**)”.

(*) Rothlach (lieu-dit, maison forestière). Avancée Nord-Est du Massif du Champ-du-Feu ; alt 953 m. Maison forestière et croisée importante de chemins et de routes (D 130, D 214) utilisant les vallées qui y naissent (Magel, Ehn) ou empruntant les crêtes s’articulant autour de ce relief.

Source : Encyclopédie de l’Alsace, volume 11, page 6531, Editions Publitotal Strasbourg, 1983
(**) Histoire de Grendelbruch et de la seigneurerie de Girbaden, contribution à l’histoire des vallées de la Magel et de la moyenne Bruche, page 144, Joseph WIMMER, manuscrit inédit traduit et adapté par Paul BURETH, Strasbourg, 1967
Carte de l'état-major (1820-1866) : les points de bâtiments de La Soutte.

Carte de l’état-major (1820-1866) : les trois points de bâtiments de La Soutte (IGN Remonter le temps).

Sur la carte levée par les Officiers du Corps d’Etat-Major, et publiée par le dépôt de la Guerre en 1837 – feuille Strasbourg (Saverne) n° 71, la Cense de Katzmatt est figurée par un point de bâtiment. La Soutt, Censes comporte trois points de bâtiments. Les recensements de 1846, 1856, 1861 et 1866 indiquent 5, 5, 5, 2 personnes habitant à la Katzmatt et 30, 31, 28, 11 personnes habitant à la Soutte.

Source : Histoire politique, religieuse et économique d’Ottrott-le-Haut et d’Ottrott-le-Bas aux XVIIIe-XIXe siècles, page 105, Anne SALOMON, mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard VOGLER, 1989

Les maisons forestières et autres bâtiments

Ruines historiques : Kagenfels, Birkenfels, Hohenburgweiler et le Mur Païen.

1698 : Les premières descriptions évoquent la présence, au pied du Kagenfels, d’un pont appelé « Forbruch », d’une scierie probablement à l’emplacement de la baraque de l’Ehn, d’une autre à Saegmuehlmaettel et trois bâtiments au Willerhof.

1750 : Un logement de garde forestier et une scierie à Forbach Rhein. Trois censes (Willerhof, La Soutte, Katzmatt).

1820 / 1850 : Construction de 5 maisons forestières, toutes équipées d’une cuisine et possédant des dépendances telles que : grange, écurie, cave, fontaine. Construction de deux scieries, l’une à la Magel (détruite par un incendie en 1860), l’autre à la Vorbruck (scierie à manivelle avec simple engrenage en 1850). Installation d’une pépinière à la Soutte et de deux à la Rothlach. L’aménagement de 1861 les décrivait en bon état.

Tableau_foret indivise obernai-bernardswiller

1876 : Après l’achat du Willerhof et de la Soutte, les forestiers sont logés à la Vorbruck, au Willerhof, à la Soutte, à la Magel et à l’Urlosenholz. La maison forestière de la Katzmatt a été démolie en 1875. Une scierie est construite en aval de la MF Vorbruck pour scier des bois longs. Les pépinières d’altitude sont abandonnées et une nouvelle est installée à proximité du Willerhof.

1911 : Abandon de la maison forestière de la Soutte. Création d’un poste de forestier supplémentaire (non logé) et redécoupage territorial, encore en vigueur en2001. Construction de nombreux chemins et de trois baraques à la Magel, au Kreuzweg et à l’Ehnthal pour les bûcherons et actuellement utilisés comme abris de chasse. La construction d’une voie ferrée reliant Grendelbruch à Klingenthal est à l’étude.

1930 : Les anciennes maisons Neugrünnenrain, La Soutte et Katzmatt, ainsi que les deux fermes de la Soutte ont entièrement disparues. Les trois maisons forestières de la Grande Forêt étaient reliées téléphoniquement.

1956 : Construction de la maison forestière Ehnthal • 1962 : Electrification d’Urlosenholtz.

1980 : Reconstruction de la Magel, après un incendie.

1995 : Electrification du Willerhof (3 janvier) et de la Magel (6 septembre).

2000 : Vente de la maison forestière de l’Ehnthal.

2002 : Vente de la maison forestière de la Vorbruck.

Source : La Forêt indivise d’Obernai-Bernardswiller
La Doutte en 1989

La Soutte en 1989

La Soutte maintenant, une zone protégée

La forêt d’Obernai-Bernardswiller abrite une zone protégée, la Soutte, classée marécage d’altitude et remarquable pour sa flore. C’est une vaste clairière d’environ six hectares où l’Ehn prend sa source. Elle est gérée par le Conservatoire des sites alsaciens.

Source : DNA DERNIÈRES NOUVELLES D'ALSACE - Edition de Obernai / Barr / Rosheim - 21/06/2013

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