De Longevelle-sur-Doubs à Montbéliard en passant par Beaucourt : l’histoire des deux frères Alfred et Eugène Vuilley, photographes de la fin du XIXe au début du XXe siècle. Liens avec le peintre et sculpteur Georges Marconnet d’Héricourt.
- L’article retrace l’histoire des frères Alfred et Eugène Vuilley, photographes du XIXe au début du XXe siècle.
- Il aborde leur vie à Longevelle-sur-Doubs et leur évolution vers Montbéliard et Beaucourt.
- Alfred devient photographe en 1881, après avoir travaillé comme horloger.
- Eugène ouvre un atelier de photographie à Beaucourt, tout en étant marié et père de trois enfants.
- Les photographies du Studio Alfred Vuilley incluent des portraits, des paysages et des représentations théâtrales, et sont conservées dans les archives de Montbéliard.
Longevelle-sur-Doubs
“Longevelle-sur-Doubs est une commune française située dans le département du Doubs en région Bourgogne-Franche-Comté, située à 13 km au sud-ouest de Montbéliard, 53 km au nord-est de Besançon et 72 km à l’ouest de Bâle, à 25 km de la frontière franco-suisse”.
Rivière large et impétueuse à cet endroit, le Doubs borde le Long Village de Longevelle-sur-Doubs (Longavilla – grande maison – en 1134, Longeveule en 1513, puis Longevelle sur Doubs en 1923. Patois : Londgevelle. Surnoms : Lai Recolais, les instruits et « Croque-guéguelles », mais aussi Lai Berbis nars, les brebis noires…). De temps en temps, le Doubs déborde selon ses flux et humeurs d’eau et traverse la route départementale parallèle.
Le Doubs en amont du pont de Longevelle, © Espirat : https://fr.wikipedia.org/wiki/Longevelle-sur-Doubs
“Sur la rive droite du Doubs, Longevelle s’est édifié, le long du talus bordant la plaine alluviale de la rivière (304 m en amont, 298 m en aval), et à mi-pente du versant (325 m). L’ensemble avec ses vieilles fermes, forme un village-rue avec un noyau central autour du temple. C’est une vaste commune limitée au nord par Beutal, à l’est par Lougres, au sud par le Doubs et à l’ouest par La Prétière”.
Source : Dictionnaire des communes du département du Doubs, sous la direction de Jean Courtieu, Tome 4, Éditions Cêtre, Besançon, 1985, Longevelle-sur-Doubs, page 1835, auteur : Jean-Marc Debard.
Les recensement en France
“Le recensement de la population en France permet d’établir le nombre officiel d’habitants de chaque commune française (…) Depuis 1801, un recensement général de la population fut organisé en France tous les cinq ans, jusqu’en 1946, sauf quelques-uns supprimés ou retardés en temps de guerre… En 1856, la feuille de logement est pour la première fois utilisée. En 1872, c’est au tour du bulletin individuel d’être introduit, il sera obligatoire à partir de 1876” (…)
Le recensement de population tel qu’il est pratiqué en France, présente, outre son intérêt initial dans le domaine des statistiques, un intérêt non négligeable pour le généalogiste, qu’il s’agisse d’un particulier qui pratique la généalogie familiale à titre de loisir, ou d’un professionnel qui se livre à des recherches d’héritiers pour successions en déshérence. La diffusion sur Internet est restreinte aux listes de plus de 75 ans”…Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Recensement_de_la_population_en_France et https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_recensement_de_la_population_en_France#cite_note-formcc-55
Le recensement de Longevelle en 1876
Longevelle, sur la route départementale n° 19 (53 maisons, 63 ménages, 254 individus), en Haut et Bas du Village, la maison n° 33 (ce n’est pas le n° de la maison, mais celui du formulaire), le ménage n° 35 est réuni autour de l’agent recenseur, un jour de l’année 1876.

Sur ce tableau Excel d’époque rempli manuellement, nous faisons connaissance avec six individus :
- 131 – VUILLEY, Pierre Jacques, charpentier, chef de ménage, « homme marié », 55 ans, français, né à Longevelle ;
- 132 – METTEY, Catherine Elisabeth, sa femme, « femme mariée », 52 ans, française, née à Présentevillers (Doubs) ;
- 133 – VUILLEY, Alfred, horloger, son fils, « garçon », 22 ans, français, né à Longevelle ;
- 134 – VUILLEY, Eugène, horloger, son fils, « garçon », 19 ans, français, né à Longevelle ;
- 135 – VUILLEY, Alphonse, cultivateur, son fils, « garçon », 17 ans, français, né à Longevelle ;
- 136 – VUILLEY, Emile Jacques Paul, tonnelier, son fils, « garçon », 12 ans, français, né à Longevelle.
Vuilley, une ancienne famille de Longevelle
“Les guerres du XVIe siècle laissèrent la ruine et la destruction dans le village (de Longevelle)… Au XVIIe siècle, le drame de la guerre de Trente Ans s’acharna aussi sur le pauvre village, pillé par les allées et venues des troupes amies ou ennemies de 1633 à 1637, frappé par la peste et par la famine entre 1635 et 1639, 1640 ! Le village fut ruiné et dépeuplé pour longtemps…
Au début du XVIe siècle, (…) Une restauration s’amorça, et, en 1615, on retrouve 43 feux au village, environ 200 individus. Certains patronymes actuels de Longevelle datent encore de cette époque…
Aussi, tous les autres noms, mentionnés au XVIIIe siècle, sont ceux de nouveaux venus qui ont progressivement repeuplé le village après 1660-1670 en venant des villages voisins ou de Suisse…
Parmi les familles existantes au XVIIIe siècle (1750) figurent les Vueilley”.Source : Dictionnaire des communes du département du Doubs, sous la direction de Jean Courtieu, Tome 4, Éditions Cêtre, Besançon, 1985, Longevelle-sur-Doubs, pages 1837-1838, auteur : Jean-Marc Debard.
Ils vivent par la terre et autour de la terre. La plupart sont cultivateurs et cultivatrices, certains artisans des métiers du bois, voire les deux. La calligraphie appliquée sur la feuille de logement du dénombrement de la population de 1876 des habitants de la commune de Longevelle, déclare que Pierre “Jacques” Vuilley, le père, exerce la profession de charpentier, par ailleurs il est aussi cultivateur.
Catherine Elisabeth Mettey, son épouse est cultivatrice (son état de femme mariée est indiqué, mais pas sa profession !). Voici pour les parents, passons aux enfants maintenant :
Alphonse Vuilley, fils âgé de 17 ans est cultivateur ;
Emile Jacques Paul Vuilley, lui est tonnelier à 12 ans ! En France, une première loi sur le travail des enfants est votée le 22 mars 1841. Elle est renforcée par la loi du 18 mai 1874, dite « loi Joubert », qui élève l’âge minimum à l’embauche à 12 ans. Les lois Ferry de 1881 et 1882, sur la gratuité et l’obligation scolaire, diminuent enfin le nombre d’enfants au travail.
Source : gouvernement.fr/partage/10938-premiere-loi-en-france-limitant-le-travail-des-enfants-employes-dans-les-manufactures-usines
Emile Jacques Paul Vuilley (Charles Emile pour l’état civil) sera par la suite charpentier, menuisier de profession.
Deux autres fils, Alfred Vuilley, âgé de 22 ans et Eugène Vuilley, âgé de 19 ans, eux sont horlogers.
L’horlogerie à Montbéliard
“L’horlogerie resta aussi une industrie prépondérante dans la ville, qui avait près de 1.325 horlogers en 1866 (ouvriers, ouvrières). Beaucoup d’entre eux travaillaient à domicile à la fabrication des montres et deux usines s’étaient spécialisées dans l’horlogerie de gros volumes (ébauches et pendules). Dès 1823, Vincenti produisait au château des mouvements de pendules. Associé en 1827 avec Albert Roux, ils créèrent l’usine de la Prairie qui se développa beaucoup. Elle produisait en 1852 2.000 mouvements par mois. La seconde fabrique fut installée par le Suisse S. Marti sur le coude de la Lizaine ; elle produisait en 1852 : 1.500 à 1.600 mouvements par mois. Vers 1866, pour lutter contre la concurrence suisse, Roux et Marti s’entendirent avec Japy (Badevel et Seloncourt) pour un partage amiable du marché”.
Source : Dictionnaire des communes du département du Doubs, sous la direction de Jean Courtieu, Tome 4, Éditions Cêtre, Besançon, 1985, Montbéliard, page 2123, auteur : Jean-Marc Debard
Voir le dossier très complet IA25001992 réalisé en 2011 revu en 2020, Auteur(s) : Raphaël Favereaux, Laurent Poupard – https://patrimoine.bourgognefranchecomte.fr/dossiers-inventaire/lhorlogerie-du-pays-de-montbeliard
D’horloger à photographe (de tic-tac à clic-clac)
Alfred et Eugène Vuilley sont horlogers, certainement chez Japy en 1876 (le recensement de 1872 toujours à Longevelle indique qu’Alfred est ouvrier horloger et qu’Eugène est ouvrier de fabrique, fileur de laine).
Mais examinez la carte postale présentée ci-dessous. Elle représente sûrement des membres de la famille Vuilley. Elle est titrée “LONGEVELLE. ― La fontaine du haut.” et signée au bas à gauche : “Collection A. Vuilley” !

Source : © Alain Halter, documents familiaux.
Le 11 août 1881, comparaît devant l’officier de l’État civil de la Commune de Seloncourt “Vuilley Louis Alfred, âgé de vingt-six ans, photographe, domicilié à Longevelle, né au dit le onze octobre mil huit cent cinquante quatre (…), majeur, fils légitime de Vuilley Pierre Jacques, âgé de cinquante neuf ans et de Mettey Catherine, âgée de cinquante sept ans, cultivateurs, domiciliés à Longevelle”. Il épouse “Suzanne Catherine Valley, âgée de vingt ans, sans profession, domiciliée à Seloncourt, née à Champey (Haute-Saône) le quatre mai mil huit cent soixante et un”…
Dans le temps qui sépare 1876 et 1881, Alfred Vuilley est devenu photographe de profession. Deux horlogers sont témoins de son mariage : Felotat Jules, âgé de vingt neuf ans, domicilié à Longevelle, cousin de l’époux et Venzeried Pierre, âgé de quarante trois ans, domicilié à Seloncourt, ami de l’épouse.
Photographie et horlogerie
“Techniques centrales de la modernité occidentale, la photographie et l’horlogerie reposent toutes deux sur la maîtrise fine de la durée. Littéralement et symboliquement, elles mettent le temps en boîte. Leur proximité est telle que Roland Barthes parlait de la photographie comme d’une « horloge à voir » (…) De la photographie à l’horlogerie, il y a certes le pas de l’optique et de la chimie, mais surtout la base commune de la mécanique de précision avec ses rouages, ses ressorts, ses leviers, ses compteurs, ses emboîtements millimétrés…”.
Source : Photographie et horlogerie, exposition du 20 janvier au 21 août 2022 au Musée suisse de l’appareil photographique Vevey – https://www.cameramuseum.ch/evenement/photographie-et-horlogerie/
Un inventeur-photographe à Montbéliard
“« Dans cet immeuble, Antoine Lumière, inventeur-photographe, installa son magasin de 1866 à 1870 », atteste une plaque, située au 33 rue Clemenceau, à Montbéliard. Antoine, c’est aussi le père de Louis et Auguste Lumière, les illustres pionniers du cinéma et inventeurs du cinématographe”.
Voir l’article de L’Est Républicain – Le savez-vous du jour du 22/07/2023 – Boris Massaini : https://c.estrepublicain.fr/societe/2023/07/22/savez-vous-quel-lien-unit-les-freres-lumiere-a-montbeliard

Source : © Alain Halter
Voir : Antoine Lumière sur Wikipédia
Alfred Vuilley, photographe établi à Montbéliard
Les Archives de Montbéliard précisent que M. Alfred Vuilley (Notice Personne) a commencé son activité de photographe en 1884, Atelier place de la gare à Montbéliard.
Source : archives.montbeliard.com/4DCGI/Web_VoirLaNotice/06_07/1553/ILUMP9200
Nous apprenons par le dénombrement de 1886, liste nominative des Habitants de la Commune de Montbéliard, que le ménage de Vuilley Louis, 31 ans, photographe, mari et de Valley Suzanne, 25 ans, sans profession, femme, vit Avenue de la Gare.
Le carton de couverture présentant les photographies indique (avec parfois une illustration du château) : “Photographie artistique Alfred Vuilley, place de la gare (en face de la sortie des voyageurs) Montbéliard (Doubs)”.
Voir : PORTRAIT SÉPIA-Alfred Vuilley
Atelier place de la gare à Montbéliard
Le choix de l’adresse face à la gare de Montbéliard est particulièrement judicieux :
“Montbéliard reçut pendant cette période (1820 à 1872) trois facteurs de développement importants : la route, le canal, le chemin de fer. (…) Ce fut l’arrivée du chemin de fer soutenue par tous les industriels du pays qui provoqua une nouvelle transformation. Après l’enquête de 1844 et la décision des travaux en 1846, ceux-ci ne commencèrent qu’en 1852. La ligne Dijon-Mulhouse passa par la vallée du Doubs, elle fut inaugurée le 1er juin 1858 et exploitée par la compagnie du P.L.M. (Rothschild). A Montbéliard, on rasa les restes du fort Le Chat pour le passage de la ligne, on perça un tunnel, on édifia la gare, ce qui entraîna une poussée économique immédiate liée aux nouvelles activités ferroviaires (cafés, hôtels, nouveaux transports à partir de la gare) et favorisa le développement des fabriques, par une ouverture sur le marché national, mais la ligne concurrence le canal. La fixation de la gare en haut de la ville apporta une profonde modification urbaine par le percement, de 1856 à 1858, de la rue Cuvier depuis la place Velotte, afin de la relier directement au centre ville. (…) La gare devint le nouveau centre économique de la ville au détriment du vieux carré des Halles. Une seconde ligne fut mise en service en 1868 vers Audincourt pour gagner Delle et la Suisse”.
Source : Dictionnaire des communes du département du Doubs, sous la direction de Jean Courtieu, Tome 4, Éditions Cêtre, Besançon, 1985, Montbéliard, page 2121, auteur : Jean-Marc Debard.

“MONTBÉLIARD. Vue générale prise de la Gare” : Archives départementales du Doubs – 6FI25388A10 –
archives.doubs.fr/ark:/25993/bq5zgpd6trw7/8473983e-b802-41ed-b79e-2634c3259b3a

“Montbéliard. Avenue de la Gare” : Source déposée par ibd – photo publiée sous la licence CC BY-NC-SA 2.0 Creative Commons – https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/138443#0
Ces deux cartes postales (voir ci-dessus) datent de la fin du XIXe siècle et d’avant 1909, car nous verrions depuis, après l’Hôtel de Mulhouse, l’immeuble dit Le Lion de Peugeot, 37 rue Cuvier. Au-dessus de l’enseigne COIFFEUR (pour celle du haut) et TABACS (pour celle du bas) est visible la fin de l’enseigne PHOTOGRAPHIE, et au-dessus de l’enseigne CAFÉ DE LA GARE figure une verrière (certainement le studio photographique d’Alfred Vuilley).
- Les Archives de Montbéliard contiennent un fonds de photographies du Studio Alfred Vuilley :
- Portraits d’enfants, de femmes, d’hommes, de famille, de militaires ;
- Représentation théâtrale : 8 tableaux thématiques sur la Première Guerre mondiale (Me voilà militaire, la France relevant l’Alsace-Lorraine, marche sur Berlin, Les petits zouaves, choeur de femmes, Serment des alliés, le pas de parade, Ecole d’Alsace française) ;
- Paysage (avant 1940) : photo prise depuis le temple de Saint-Maurice-Colombier, au premier plan la gare de Saint-Maurice, au fond le village de Longevelle-sur-le-Doubs, le pont a été remplacé par une passerelle en fer qui devait être provisoire.
Moteur de recherche « Documents iconographiques », puis tapez « Vuilley » : archives.montbeliard.com/
Portrait de Fernand Vuilley

Source : © Alain Halter, documents familiaux.
Fernand Vuilley, né le 10 juin 1900 à Longevelle-sur-Doubs, est le fils de Louis “Alphonse” Vuilley (frère d’Alfred et Eugène Vuilley) et d’Emma “Anna” Girard.
Le 12 janvier 1921, à Longevelle-sur-Doubs, il épouse « Jeanne » Elise DEMOUGEOT née en 1904.
Eugène Vuilley, photographe établi à Beaucourt
Alfred Vuilley aurait commencé sa carrière de photographe à Montbéliard aux alentours de 1880, accompagné de son frère Eugène, ils signent leurs portraits Vuilley frères.
Source : PORTRAIT SÉPIA-Eugène Vuilley
Le 20 novembre 1883, à Longevelle-sur-Doubs, “Vuilley Jacques Eugène, âgé de vingt-six ans, photographe, domicilié à Longevelle, où il est né le dix juillet mil huit cent cinquante sept, majeur, fils de Vuilley Pierre Jacques, âgé de soixante deux ans et de Mettey Catherine, âgée de soixante ans, les deux cultivateurs domiciliés à Longevelle” épouse “Tissot Elise Catherine, âgée de vingt six ans, cultivatrice, domiciliée à Longevelle où elle est née le treize août mil huit cent cinquante sept” (…) “en présence de Vuilley Alfred âgé de vingt neuf ans, photographe, domicilié à Montbéliard, département du Doubs, de Vuilley Alphonse âgé de vingt quatre ans, charpentier, domicilié à Longevelle, les deux frères du futur”…
Il ouvre alors l’Atelier de Photographie industrielle et Commerciale Eugène Vuilley à Beaucourt (Haut-Rhin à l’époque, Territoire de Belfort à partir de 1922). Depuis son mariage jusqu’à son décès, le trois janvier 1929, Eugène Vuilley réside et travaille à Beaucourt, Cité Chatelot et rue de Badevel.
De son union avec Elise Catherine Tissot, Eugène Vuilley eut trois enfants :
- Fanny Alice, née le 13 avril 1884 à Beaucourt et décédée le 24 décembre 1973 à Beaucourt. Mariage à Beaucourt le 5 décembre 1908 avec Léon Emile Devin ;
- Laure Emma, née le 29 mai 1885 à Beaucourt et décédée le 2 juin 1885 à Beaucourt ;
- Berthe Elise, née le 5 juin 1891 à Beaucourt et décédée le 20 mai 1982 à Beaucourt. Mariage à Beaucourt le 23 août 1922 avec Walter Frei.
Source : VUILLEY Eugène Jacques Emile, photographe à Beaucourt (Les photographes dans le Territoire de Belfort XIXe et XXe siècles) http://photographes.belfort.free.fr/index.php?page=50
Devant notaire, le 26 novembre 1962, Berthe Elise et Fanny Alice Vuilley vendent à Fernand Emile Vuilley (portrait ci-dessus), cultivateur, demeurant à Longevelle-sur-Doubs et à Georges Jacques Louis Marchand, cultivateur, demeurant à Longevelle-sur-Doubs, des bois, terres et prés sur le territoire de Longevelle, recueillis dans les successions de leurs parents, Eugène Vuilley et Elise Tissot, dont elles étaient seules héritières ensemble pour le tout.
Portrait de « Angèle » Emma VUILLEY

Source : © Alain Halter, documents familiaux.
« Angèle » Emma VUILLEY, née le 12 février 1890 à Longevelle-sur-Doubs, est la fille de Louis “Alphonse” Vuilley (frère d’Alfred et Eugène Vuilley) et d’Emma “Anna” Girard.
Elle épouse à Bavans, le 07 mars 1914, Georges Alphonse BAILLY. Ce dernier né le 26 février 1889 à Bavans est “Mort pour la France” le 03 juillet 1918, disparu à Moulin-sous-Touvent dans l’Oise.
Source : memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239d6f6e30a1
Portrait de Louise « Alice » VUILLEY

Source : © Alain Halter, documents familiaux.
Louise « Alice » VUILLEY, née le 11 mars 1891 à Longevelle-sur-Doubs, est la fille de Louis “Alphonse” Vuilley (frère d’Alfred et Eugène Vuilley) et d’Emma “Anna” Girard.
Le 05 novembre 1921, à Longevelle-sur-Doubs, elle épouse Joseph Halter né le 13 janvier 1894 à Klingenthal (Bas-Rhin).
Portrait de “Léon” Alphonse Vuilley

Source : © Alain Halter, documents familiaux.
“Léon” Alphonse Vuilley né le 22 avril 1894 à Longevelle-sur-Doubs est le fils de Louis “Alphonse” Vuilley (frère d’Alfred et Eugène Vuilley) et d’Emma “Anna” Girard. Il est “Mort pour la France” le 25 septembre 1915 à Souain dans la Marne.
Source : memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m00523a042e7034f
Les “cousines de Montbéliard”
De son union avec Suzanne Catherine Valley, Alfred Vuilley aura quatre enfants :
- Berthe Suzanne, née le 27 octobre 1881 à Montbéliard et décédée le 11 décembre 1885 à Montbéliard ;
- Armand Eugène, né le 11 septembre 1886 à Montbéliard et décédé le 5 novembre 1886 à Montbéliard ;
- Jeanne Marguerite « Berthe » née le 24 août 1888 à Montbéliard et décédée le 31 décembre 1981 à Montbéliard ;
- « Jeanne » Lucie née le 8 décembre 1890 à Montbéliard et décédée le 6 septembre 1979 à Montbéliard.
Berthe et Jeanne – les “cousines de Montbéliard” – ont vécu leur vie entière, avenue de la Gare (maintenant avenue des Alliés).
Leur mère, Suzanne Catherine meurt le 28 janvier 1891 à l’âge de 29 ans au domicile conjugal, avenue de la Gare.
Le dénombrement de 1891, liste nominative des habitants de la Ville de Montbéliard, avenue de la Gare, montre le ménage de Vuilley Louis, 36 ans, photographe, avec ses deux enfants : Berthe, 2 ans et Jeanne, 4 mois.
Le 27 décembre 1892, à Vieux-Charmont, commune appartenant à l’agglomération du Pays de Montbéliard, est célébré le mariage de Vuilley Louis Alfred et “demoiselle Marconnet Louise, âgée de trente trois ans, cultivatrice, domiciliée à Vieux-Charmont où elle est née le vingt six octobre mil huit cent cinquante neuf, fille majeure de Jean Pierre Marconnet âgé de soixante quinze ans, cultivateur (…) et de feu Donzé Suzanne Catherine, de son vivant cultivatrice”…
“Vuilley Eugène, âgé de trente cinq ans, photographe, domicilié à Beaucourt et Vuilley Alphonse, âgé de trente trois ans, menuisier, domicilié à Longevelle, les deux frères de l’époux” figurent en tant que témoins du mariage.
Le dénombrement de 1896, des habitants de la Ville de Montbéliard, avenue de la Gare, liste :
- 1 – Vuilley Alfred, 51 ans, photographe, chef de ménage ;
- 2 – Marconnet Louise, 36 ans, sans profession, femme ;
- 3 – Vuilley Berthe, 8 ans, sans profession, enfant ;
- 4 – Vuilley Berthe, 5 ans, sans profession, enfant.
Durant l’année scolaire 1966-1967, j’étais élève au CES Velotte (démoli en 1976) de Montbéliard. Ici, je ne peux m’empêcher de citer la blague potache que nous partagions entre collégiens, parfaitement illustrée par cette ancienne carte postale de la rue de Velotte : “Après une grosse bêtise commise au Collège Velotte, nous sommes amené au Commissariat, situé en face, puis nous traversons la rue pour aller au Tribunal et condamné, nous finissons en prison au bout de la rue de Velotte pour purger notre peine” !

“Montbéliard. Palais de Justice, Gendarmerie et le Collège” : Source déposée par cartes postales – photo publiée sous la licence CC BY-NC-SA 2.0 Creative Commons – https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/7744806#0
Voir : Montbéliard par ses rues et ses lieux-dits, Jean-Paul Bouquin, Éditions Cêtre, 2008, VELOTTE (rue de), pages 57-58.
Montbéliard et sa rue Velotte
“Au centre-ville, c’est certainement l’une des rues qui a le plus été modifiée durant les quarante dernières années. Depuis la place Velotte (Albert-Thomas), le regard se dirige vers la rue éponyme qui rejoignait la ferme de la Souaberie.
À l’origine, ce n’était qu’un chemin qui longeait les fortifications de la ville. Au XIXe siècle on l’appelait rue du Bourg-Vauthier et ce n’est qu’en 1905 qu’elle prit le nom de Velotte. Sur son côté droit, l’hôtel Bristol actuel a abrité une horlogerie, l’Étoile cinéma ainsi que le Grand café créé par Albert Gelin.
Un peu plus loin sur le même côté, se trouvait la gendarmerie. Une brigade de gendarmerie s’installa dans cet édifice le 17 novembre 1889. Presqu’un siècle plus tard, le 17 novembre 1980, elle prend possession de ses nouveaux locaux de la route d’Audincourt. L’ancien bâtiment deviendra un local administratif. Un peu plus loin, la ferme de la Souaberie a été édifiée sur les ordres du comte Frédéric en 1549 qui y installa des paysans protestants réfugiés de Souabe pour créer une ferme modèle. La construction des bâtiments fut réalisée sous le contrôle de Schickhardt. Le seul vestige restant en est la maison d’habitation.
À gauche en entrant dans la rue, l’immeuble abritant une banque a, au début du siècle dernier, été le siège des cycles Alcyon, concurrents des cycles Peugeot. Vient ensuite ce qui fut le palais de justice et dont on n’a conservé que la façade. Sa construction a duré de 1902 à 1904, les services étant auparavant installés dans les locaux de la mairie. En 1979, la justice prend la clé des champs et rejoint la Petite-Hollande dans un immeuble moderne.
Le bâtiment suivant éveillera lui aussi bien des souvenirs chers aux élèves de toute la région qui l’ont fréquenté. Succédant au vieux collège, le vénérable immeuble surmonté d’un clocheton fut construit selon les plans de l’architecte Surleau et baptisé collège Cuvier en 1873. Durant la grande guerre, il abrita un hôpital militaire. Sa démolition date de 1976”.Source : L’Est Républicain – 29/07/2014 – https://c.estrepublicain.fr/doubs/2014/07/29/montbeliard-et-sa-rue-velotte
Voir cartes postales des Archives municipales de Montbéliard (Documents iconographiques) :
- Cote : 20Fi330 – Collège Cuvier, rue Velotte. 2 jeunes gens sur le trottoir devant le collège
- Cote : 20Fi331 – Collège Cuvier, cour intérieure du collège
- Cote : 20Fi332 – Collège Cuvier, vue sur les toits et la cour du collège
- Cote : 20Fi1366 – Cour intérieure Collège Cuvier – temps de récréation : de nombreux collégiens dans la cour, quelques professeurs
Moteur de recherche « Cartes postales » puis tapez « Collège Cuvier » : archives.montbeliard.com/
Un intérieur bourgeois de Montbéliard
En sortant du Collège par la grande porte en bois donnant sur la rue de Velotte, je prends à droite, longe le Tribunal, puis à gauche, je remonte la rue Cuvier jusque devant la gare. A droite encore, et me voici devant la porte de l’immeuble des “cousines de Montbéliard” entre le Tabac et le Café de la Gare. Deux étages d’escaliers et Berthe, l’ainée, m’ouvre pour mon cours de soutien d’allemand que me prodigue Jeanne, la cadette. L’appartement est vieillot, “resté dans son jus” comme on dirait maintenant, mais agréable et plaisant.
Aux murs, des œuvres d’art accrochées, je me souviens d’un grand panneau de marqueterie de Spindler devant la table de salle à manger et au moins, d’une toile de Georges Marconnet dans le salon, une vue du Doubs avec barque.
“Charles Spindler né le 11 mars 1865 à Bœrsch et mort le 3 mars 1938 à Saint-Léonard est un peintre, illustrateur, ébéniste, écrivain et photographe français”.
“Né en 1876, Georges Marconnet est fils de paysans modestes. Il manifeste très tôt un goût prononcé pour le dessin et grâce au soutien de ses proches, il entre au collège Cuvier de Montbéliard où il se spécialise pour le dessin. Sa pugnacité lui permet de rentrer à l’école des Beaux Arts de Besançon puis réussit le concours d’entrée à l’école des Beaux Arts de Paris. Néanmoins, conscient de ne pouvoir vivre de son art, Georges Marconnet crée une entreprise de monument funéraires avec sa femme. Il occupe ses moments de loisirs à la peinture et expose pour la première fois à Paris en 1927. En 1931, il est reçu au « salon des artistes français » c’est alors que l’Etat français et des musées font l’acquisition de plusieurs œuvres. Dès 1938, il est invité à exposer ses œuvres aux Etats-Unis où il rencontre là encore un beau succès. Les œuvres de Georges Marconnet sont aujourd’hui exposées dans plusieurs musées français et de nombreuses collections privées internationales”.
Source : lux-auction.com/lot/106846/13082232-georges-marconnet-18761958-art
Voir “La barque au bord de l’étang”
Voir “Le trou de Vervelle” (image 08/08)
Je croisais de temps à autre Berthe, dans les rues de Montbéliard. Elle fréquentait la librairie Rayot-Depoutot au quartier des Halles ou la librairie Lallemand au haut de la rue Cuvier, tout près de chez elle. Jeanne, elle, sortait peu, voyant mal.
“Le restaurant puis les services EDF qui ont successivement occupé les 300 m2 de locaux au numéro 35 de la place Denfert n’auront pas franchement marqué les esprits. En revanche, personne à Montbéliard n’a oublié la librairie Rayot-Depoutot. Pendant plusieurs décennies, le 35 fut un haut lieu du livre et de la papeterie. Quand les gens s’interrogent sur l’emplacement de la toute nouvelle maison médicale venant d’ouvrir ses portes à Montbéliard, il suffit de leur préciser « à l’ancienne librairie Rayot »”.
Source : L’Est Républicain – 05/10/2019 – Françoise JEANPARIS – https://c.estrepublicain.fr/edition-belfort-hericourt-montbeliard/2019/10/05/une-maison-medicale-ouvre-ses-portes-en-coeur-de-ville
De Louise Marconnet à Georges Marconnet
Le père des “cousines de Montbéliard” disparaît le 25 janvier 1928 au 4, avenue des Alliés à Montbéliard. Berthe et Jeanne vivent dorénavant avec leur belle-mère, Louise Marconnet, qui d’ailleurs les a élevées et décédera le 05 février 1946.
Le dénombrement de 1936, liste nominative des habitants de la commune de Montbéliard, les retrouve Avenue Aristide Briand (nom intermédiaire entre l’Avenue de la Gare et l’Avenue des Alliés) :
- 1 – Vuilley Marconnet Louise, née en 1899 à Vieux-Charmont, chef de ménage ;
- 2 – Vuilley Jeanne Marguerite, née en 1888 à Montbéliard, fille ;
- 3 – Vuilley Jeanne Lucie, née en 1890 à Montbéliard, fille.
Quel est le lien de parenté entre Louise Marconnet, née à Vieux-Charmont et Georges Marconnet, né à Brognard le 17 novembre 1876 ? Ces deux villages du Pays de Montbéliard sont limitrophes.
« Georges” Albert Marconnet est un fils d’un cousin de Louise Marconnet :
En effet, Jean Georges Marconnet et Françoise Catherine Doriot sont en même temps des grands-parents de Louise Marconnet, des arrière-grands-parents de « Georges » Albert Marconnet. Il s’est marié le 20-21 avril 1906 à Beaucourt avec Julie Catherine Quélet. Il meurt le 15 décembre 1958 à Héricourt.
Du 16 mars au 24 mars 1968, s’est tenue la Rétrospective Georges Marconnet – Exposition générale à la Mairie de Sochaux. Le catalogue indiquait N° 184 – Titre : Labour, automne (Haute-Saône) – Propriétaire : Melle Vuillez, Montbéliard.
Source : Henri Frossard, « Georges Marconnet, peintre du pays », L’amitié par le livre 1968, page XIII
(Vuilley est mal orthographié, les variantes du nom sont Vueilley, Veuilley ou Vuillez…).



Source : © Alain Halter. Cimetière Haut de Montbéliard : Famille Vuilley : Alfred, Louise (née Marconnet), Jeanne et Berthe.
Communes les plus présentes pour le patronyme « VUILLEY » :
- Saint-Maurice-Colombier, Doubs, France (973 individus)
- Pontcey, Haute-Saône, France (571 individus)
- Longevelle-sur-Doubs, Doubs, France (408 individus)
- Beutal, Doubs, France (170 individus)
- Chaux-lès-Port, Haute-Saône, France (139 individus)
- Longevelle, Doubs, France (124 individus)
- Conflans-sur-Lanterne, Haute-Saône, France (111 individus)
- Hérimoncourt, Doubs, France (78 individus)
- Bavans, Doubs, France (56 individus)
- Beaucourt, Territoire de Belfort, France (52 individus)
- Aroz, Haute-Saône, France (47 individus)
- Scey-sur-Saône-et-Saint-Albin, Haute-Saône, France (43 individus)
Source (octobre 2023) : https://www.geneanet.org/nom-de-famille/VUILLEY
Source du portrait de / par Georges Marconnet : http://www.hericourt.com/telechargement/Hericourt_Notre_Ville_Mars_2009.pdf
Sculpteur à Héricourt, Georges Marconnet est l’auteur de monuments aux morts implantés à : Banvillars (90), Brognard (25), Grand-Charmont (25), Belverne (70), Etobon (70), Luze (70).
Source : Sculpteur à Héricourt – https://monumentsmorts.univ-lille.fr/auteur/5867/marconnetgeorges/?elm=4141
Ainsi prend fin la racontotte.
RACONTOTTE n. f. Récit paysan (notamment à la veillée). *ÉTYM. du v. raconter et du suff. diminutif -otte.
Source : Trésors des parlers comtois, Editions Cêtre, 1992, page 266.
Table des matières
- Longevelle-sur-Doubs
- Les recensement en France
- Le recensement de Longevelle en 1876
- Vuilley, une ancienne famille de Longevelle
- L’horlogerie à Montbéliard
- D’horloger à photographe (de tic-tac à clic-clac)
- Photographie et horlogerie
- Un inventeur-photographe à Montbéliard
- Alfred Vuilley, photographe établi à Montbéliard
- Atelier place de la gare à Montbéliard
- Portrait de Fernand Vuilley
- Eugène Vuilley, photographe établi à Beaucourt
- Portrait de « Angèle » Emma VUILLEY
- Portrait de Louise « Alice » VUILLEY
- Portrait de “Léon” Alphonse Vuilley
- Les “cousines de Montbéliard”
- Montbéliard et sa rue Velotte
- Un intérieur bourgeois de Montbéliard
- De Louise Marconnet à Georges Marconnet
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